Ford détestait faire répéter. En fait il s'y refusait. Le meilleur exemple me paraît être la scène des adieux dans Les raisins de la colère….il avait l'impression que si vous refaisiez trente-six fois la même scène, surtout une scène chargée d'émotion, vous perdiez la fraîcheur de cette émotion…

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Même si Jane (Darwell) et moi n'avions jamais joué cette scène avant, nous connaissions tous les deux nos répliques. Nous étions conscients d'avoir une bonne scène à jouer et nous avions envie de dire: "Eh! les gars , allons-y!" Maintenant je pense, et je l'ai toujours pensé depuis, que Ford sentait cette tension nous envahir. Quand il fut enfin prêt et que tous les autres furent prêts, il fit "O.K. on tourne!" Et Jane et moi étions si imprégnés  par cette scène que, dès les premières secondes, toute nos émotions se bousculèrent au point qu'il nous fallut les retenir. Si tout avait éclaté brutalement, cela aurait été gênant et personne n'aurait eu envie de regarder la scène, et nous étions là, à réprimer cette émotion qui menaçait de nous envahir, d'envahir nos voix et nos visages et c'est de cette manière que nous avons réussi cette scène. Ford n'a rien dit, il s'est levé et il est parti, il se peut qu'il ait pleuré,je ne sais pas. La script pleurait.

Extrait du livre de Lindsay Anderson. John Ford. Hatier/ les cinq continents.

Sur une idée de Chiffonnette...

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